« ADN », l’histoire d’une goutte d’eau,

 

La nuit qui s’achevait fût sans nuage et fraiche, comme elles le sont parfois sur les bords de la Loire au début de l’été… La goutte venait de glisser le long d’une grande feuille et gisait maintenant, inerte, dans une anfractuosité du rocher. Elle était en train de disparaitre,  lentement, au fur et à mesure que le soleil montait au dessus de la vallée et que ses rayons frappaient la roche sombre.

Là, abandonnée par le hasard sur une corniche de basalte, elle n’entendait pas le vacarme des courants puissants du fleuve qui roulait ses méandres en contrebas. Elle ne sentait pas, non plus, les effluves enivrantes exhalées par les fleurs, nombreuses à cette saison, dont les parfums envahissaient la vallée, portées par la brise de plus en plus chaude de cette mâtinée altiligérienne.

Un couple de grands corbeaux planait doucement au dessus des falaises et laissait trainer un regard distrait sur le pêcheur qui suivait le sentier de berge en direction de l’aval. Il n’était pas un danger pour eux. Le cincle plongeur, par contre, s’enfuyait à tire d’aile à son approche et rasait la surface de la rivière aussi rapidement que sa force et sa vigueur le lui permettaient.

L’homme quant à lui, riche d’une cinquantaine d’année passée à arpenter les vallées du massif, restait impassible à ce petit manège, du moins en apparence. Il se contentait de s’arrêter régulièrement pour donner un rapide coup d’œil sur le cours d’eau, visiblement à la recherche de quelque chose, et de s’éponger le front.

La rivière semblait morte et cette perle, humide, épargnée par le mouchoir sur la joue du moucheur, aurait pu être une larme, trahissant ce désespoir que son regard aiguisé ne laissait pas transparaitre.

Fort de son expérience, de toutes ces heures occupées à lutter un courant ici, à sentir les galets rouler sous ses pieds, à glisser sous les frondaisons, là, pour approcher une jolie truite, de la plus petite rase du plateau aux grands plats, lisses et larges de la basse Loire, il a su évoluer.

Lui, prédateur assidu, conscient de son impact sur un environnement fragile, relâchait maintenant l’intégralité de ses prises. Naïf, il pensait que cela suffirait.

Pourtant, le ballet incessant des éphémères au dessus de cette veine puissante, à peine troublé par le vol erratique d’une poignée de « trichos », semblant tenter d’échapper à quelques périls invisibles, témoignaient d’une vie encore foisonnante. Mais il n’était pas dupe. L’absence de poissons actifs en surface, à venir se délecter des imagos, éreintées, qui dérivaient agonisantes, et cette mousse, aussi verte que filandreuse qui venait tapisser le fond des zones les plus calmes, hurlaient le contraire à ses oreilles expertes… la rivière était en train de mourir, la vie de disparaitre…

Quelques dizaines de mètres plus haut, les dernières molécules d’eau de notre gouttelette de rosée matinale finissaient d’être vaporisées. Encore quelques minutes et il ne subsisterait plus aucune trace d’humidité à la surface du rocher.

Cette goutte aurait pu être la larme sur la joue de notre pêcheur, ou accompagner la dérive de cette baétis, morte à la surface de l’eau, et peut être l’a telle déjà été. Car sa disparition n’est qu’éphémère, parce que ce léger vent d’été ne lui permettra pas de voyager très loin quand, à la faveur du prochain refroidissement nocturne, elle recommencera un cycle. Peut-être viendra-t-elle glisser d’un œil trempé par le chagrin, gonfler les eaux d’une source encore pure des sucs voisins ou diluer, temporairement, une pollution anthropique.

Si notre goutte semble renaitre à chaque fois, elle n’en sort jamais indemne… support immuable de la vie terrestre, elle est la mémoire de notre planète. Elle porte l’histoire du monde et celle des hommes comme son adn et, à force de perdre à chaque cycle un peu plus, corrompue par nos habitudes, elle finira par mourir. Tout ne sera plus qu’un souvenir, comme cette goutte qui vient de disparaitre.

JB

« ADN », l’histoire d’une goutte d’eau… conte contemporain et reflet de notre civilisation. Si notre goutte porte l’histoire du monde et celle des hommes, comme son ADN, ces quelques lignes sont nées d’une rencontre, un savant mélange de différentes personnalités, toutes unies dans un même but, témoigner pour sensibiliser…

Ce texte, l’idée de mettre en scène un goutte d’eau, me trottait dans la tête depuis un petit moment, mais c’est le fait d’intégrer l’équipe du RISE-Festival qui m’a poussé à le coucher sur le papier. Il ne s’agissait à ce moment là que de soumettre l’idée à Pierre M pour une éventuelle réalisation de film. Il n’en aura pas fallu plus pour que toute l’équipe soit mobilisée.

Toutefois, il ne suffit pas d’avoir envie de faire un film pour y arriver et il ne suffit pas de faire un film pour que le résultat soit à la hauteur des autres productions retenues pour le festival. Loin de moi l’idée de dire que les images que vous allez découvrir ci-dessous constituent un chef d’œuvre mais, en ce qui me concerne, elles dépassent de loin toutes mes espérances.

Je ne peux que remercier Pierre M (« PM production » et Président du Rise), qui, vraisemblablement hanté par les mêmes préoccupations que moi concernant l’avenir de nos rivières, et de toute la vie liée à la qualité, et à la quantité, de la ressource en eau, aura fait bien plus que de simplement retranscrire ce que mon texte et les quelques discussions que nous avons eu sur ce sujet évoquaient.

Merci à toute l’équipe du RISE-Festival France, les deux Pierre, dont Mister « P », notre acteur, Steeve, notre guide, et Sébastien, ce film est le vôtre.

Bon visionnage à tous

JB

 


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Comments

  • jean fred dit :

    très joli texte et une superbe vidéo en fin d’article. tout en douceur avec une musique qui l’accompagne vraiment bien et ce petit texte dit à la fin. vraiment bien

  • Estival dit :

    Super reportage photos et une vidéo sublime avec un commentaire final peu rassurant
    Bravo à vous

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