Entre Devès et Margerides…

hdr

Il est des pèlerinages qui vous conduiront en Israël, en Espagne ou ailleurs. Phénomène planétaire pour le dévot, convaincu qu’il pourra jouer, en tentant de rentrer en contact avec la divinité qu’il vénère, un autre rôle que celui de se transformer en charogne, source de vie pour des générations de mouches, à l’origine des asticots et donc chair à canon pour le pêcheur au coup.

Mais loin de moi l’idée de critiquer de telles pratiques, je ne vaux guère mieux… moi aussi je ne résiste pas à l’envie de retourner sur ces terres mystiques, décrites dans tous les meilleurs ouvrages comme le savant mariage du feu, de l’eau et de la pierre. Moi aussi j’ai réalisé mon Hajj et semble, à juste titre, plus convaincu que la plus pieuse des grenouilles de bénitier… moi aussi je suis allé en Terre Sainte car aujourd’hui, j’ai pêché le Haut-Allier…

hdr

S’il est des rivières en France qui impose le respect, qui bien qu’à l’origine de la mer intérieure de Naussac, est capable d’enchainer les courants les plus puissants aux gouffres les plus profonds et qui déroulent ses méandres au fond de gorges aussi majestueuses qu’inaccessibles, c’est bien le Haut-Allier.

Mais méfiez-vous, une telle religion n’est pas sans risques et je ne peux que vous conseiller de ne pas y aller seul… la progression n’y est pas aisée et une simple entorse le long du talweg pourrait vite se transformer en véritable chemin de croix, au point qu’une simple prière ne pourrait vous éviter d'y passer la nuit, voire d'y passer tout court. Je ne peux que vous encourager de vous faire accompagner par un moniteur-guide de pêche, à l’image de Steeve Colin avec qui j’ai partagé une magnifique sortie en ces lieux bénis des Dieux…

dav

hdr

Au programme, truites, ombres et autres espèces classées sur la liste rouge mondiale de l’UICN telles que le Circaète Jean-le-Blanc notamment…

Côté techniques de pêche, les nymphes de « trichos » ont bien marché jusqu’à 15heures puis une certaine nymphe sombre avec un thorax orange a fait des miracles en fin d’après midi. En sèche, ce sont de petites mouches qui ont fonctionné à l’image de l’ATE n°1 "Orange tag"…

Capture nico germain 1

Plus d'infos sur ces séries de légende sur le site de Nicolas Germain en cliquant sur la photo...

dav

Une magnifique "plate", comme dirait Steeve... en tout cas un endroit fabuleux pour faire le héron en attendant le coup du soir...

Capture spent 82

Une fiche de montage pas à pas pour cette mouche sur le blog de Spent 82...

Le Haut-Allier constitue à mes yeux une destination majeure, en France et au-delà... et si la pêche à la mouche est ma religion, le Haut-Allier est ma Terre Sainte...

 

hdr


Posted in Sorties pêche... and tagged , , , , , , , , by with no comments yet.

Poutès…

dav

Aujourd'hui, je ne vous ferais pas le compte rendu d'une sortie pêche, mais un petit retour en images sur les travaux du barrage de Poutès.

En ce jour de juin,  période faste pour les rivières qui bouillonnent d'une vie riche et diversifiée, je ne peux que mesurer avec une crainte non dissimulée l'impact négatif des activités humaines sur cette ressource, à l'image de la Bienne qui meure doucement mais, à priori, inéluctablement...

Vous allez me dire, j'en suis sûr, qu'un bon barrage n'existe pas et qu'en matière de continuité écologique seul l'arasement constitue une solution durable et vous auriez raison de le faire. Mais il faut parfois trouver des solutions afin de concilier les différents usages et Poutès pourrait représenter une solution intéressante...

 

 

dav

Une solution alternative...

Toujours est-il que même si effectivement je préfèrerais voir les grands barrages démantelés, je sais aussi qu'il y a fort peu de chances que cela arrive. En tout cas, en ce qui concerne Poutès, c'est une autre solution qui a été choisi et qui sera, j'en suis persuadé, citée en exemple par la société qui le gère quand elle communiquera, entre autres, sur la couleur de l'énergie qu'elle produit, à savoir verte, comme les algues cités dans un de mes précédents comptes rendus. Espérons seulement qu'elle aura une couleur moins inquiétante que celle de l'eau qui s'échappe actuellement du barrage.

dav

dav

Vous aurez compris, je l'espère, que je suis un peu taquin. Les travaux ont attaqué et la rivière, qui reprend possession de son lit, est à l'origine de l'arrachage des sédiments sur les "fonds" de l'ancienne retenue, de leur transport et donc vraisemblablement de leur dépôt à l'aval de l'ouvrage... espérons seulement que ce sera un mal pour un bien, n'étant pas en mesure d'estimer leurs impacts sur le bon fonctionnement de la rivière...

 

 

Aujourd'hui, après de nombreuses années de débats, de concertation, la retenue du complexe hydroélectrique de Poutès-Monistrol n'existe plus. La nature va reprendre petit à petit ses droits pendant que les hommes continuent à chercher et à mettre en place des solutions pour tenter de réduire les effets néfastes sur les milieux aquatiques induits par leurs activités. Espérons qu'ils réussiront avec le futur nouveau "Poutès", même si le chemin est encore long avant de retrouver les eaux claires et les fonds propres du Haut-Allier...

dav

Si vous désirez en savoir plus, vous pouvez commencer par suivre le site internet dédié.

Vous noterez au passage parmi les logos celui du projet de PNR des "sources et gorges du Haut-Allier" qui, grâce, ou à cause, de personnes à l'écoute du territoire est aujourd'hui en stand by, mais c'est un autre débat...

 

 

dav

 


Posted in Milieux..., non classé by with 1 comment.

Même les poissons s’éduquent…

La locomotive à vapeur, symbole s’il en faut un d’une nouvelle ère, vers les voyages dans l’espace et le gaspillage d’une ressource indispensable à la survie de l’espèce humaine, l’eau.

Débutée en Grande-Bretagne à partir du XVIIIème siècle, depuis la machine Boulton & Watt et le charbon jusqu’à la possibilité de lire cet article aux chiottes sur son smartphone, en passant par l’exploitation intensive de toutes les ressources que la planète met à notre disposition, la révolution industrielle se poursuit au détriment de notre environnement…

Pourtant, à grand coup de catastrophes industrielles ou humanitaires, 195 pays, dont les plus gros pollueurs au monde, se sont réunis et ont ratifiés les accords de Paris. Premier accord universel sur le climat, sensé contenir le réchauffement climatique et donc limiter les émissions de substances polluantes. Ce texte donne de l’espoir à ceux qui comme moi croient en l’espèce humaine…

Il aura fallu plusieurs siècles pour faire entendre raison aux plus cupides d’entre nous…

1780855_3_b496_le-recyclage-des-batteries-au-plomb-constitue_749f9f035b1c11bfad2a09c0d27fb3c5

Le Monde: La pollution industrielle fait autant de ravages sur la santé que le paludisme

C’est pourquoi lorsque je vois un égout se déverser dans la rivière en bas de chez moi j’ai encore de l’espoir. Je sais que ma région ne devrait plus trop voir se développer d’industries polluantes au profit d’une activité touristique liée à notre belle nature, sauvage et préservée. En tout cas en ce qui concerne les parties les plus éloignées des grands centres urbains… c’est pourquoi je pense que cette pollution n’est qu’une relique… c’est notre révolution à nous, la « révolution touristique »…

Mais qu’en est-il du tourisme en Auvergne ?

Quelques mots clés plus tard, nous arrivons sur le site du CRDTA qui, très complet, nous démontre bien que l’Auvergne s’implique dans cette révolution. Concernant les activités de pleine nature, dont certaines sont directement liées à l’eau, l’objectif pour le CRDTA est même de faire de l’Auvergne la « destination de référence pour la pratique d’activités de pleine nature, pour les familles comme pour les sportifs »… C’est bien, c’est beau, l’Auvergne le mérite… Le rouleau compresseur de la « révolution touristique » est en marche… Il est donc inconcevable que ma petite pollution perdure.

L’Auvergne ne voudrait quand même pas que nos amis touristes, sportifs ou en famille, ne partagent leurs mycoses sur Tripadvisor ? D’autant plus dans un pays qui vient d’adopter une loi pour la reconquête de la biodiversité. Biodiversité qui je le rappelle est directement liée à la ressource en eau.

Mais alors pourquoi j’ai l’impression que rien ne bouge ? Pourquoi ce petit rejet riomois m’inquiète ? Pourquoi cette rivière, perdue au fond des gorges et qui avait cette petite odeur de lessive laisse planer un doute dans mon esprit ? Pourquoi les titres des journaux qui, après une pollution suffisamment impressionnantes pour être mise en une, stipulent « les pêcheurs sont en colères », ou encore « la mort de toutes les espèces piscicoles provoquent le dégout des pêcheurs » me laissent perplexe ?

Surement parce qu’en écrivant ce genre de titre cela prouve que ceux qui réfléchissent à la conception de nos schéma de développement n’ont qu’une vague vision de ce que l’activité pêche représente, le plus souvent erronée de surcroit, mais surtout parce qu’avant de contenter les pêcheurs, l’eau nous la buvons, que l’on soit Donald Trump, chargé de mission au CRDTA, patron du MEDEF ou pêcheur.

 

dordogne-vase-16-fevrier-2015113

Aussi, quand je vois le développement de l’énergie verte chez moi, de la même couleur que l’algue soit dit en passant, ou quand je vois le représentant du pays le plus pollueur du monde se torcher le cul avec les accords de Paris, pour ne citer que deux exemples, je me dis qu’au final ma petite pollution sera encore là demain…

Les hommes n’ont pas appris grand-chose depuis la révolution industrielle et pourtant, même les poissons s’éduquent…


Posted in Milieux..., non classé by with 2 comments.

La jungle auvergnate…

ricksanto05062017 (ban1

Sentinelle immobile, gardienne du sanctuaire ou mise en garde pour l’imprudent, l’aiguille émerge de la canopée et nous rappelle qu’en ces lieux nous ne sommes que des hommes…

ricksanto05062017 (1)

Riche d’une expérience durement gagnée à la sueur de mon front et d’ailleurs (cf « Le pont de la Mort »), et après avoir failli perdre mon ami Jules sous un morceau de montagne, j’ai pris la décision de ne pas partir seul à la découverte de ce fond de vallée.

Petite jungle cantalienne, forêt primaire, vivante et hostile, doux euphémismes pour qualifier ces gorges où l’absence de sentier témoigne de l’inaccessibilité des lieux. Il me fallait trouver un partenaire souffrant de la même maladie que moi ou suffisamment inconscient pour accepter le périple.

ricksanto05062017 (14)

C’est pourquoi lorsque mon ami Rik m’a appelé pour me signifier son envie de profiter de son pèlerinage annuel sur les Monts d’Auvergne pour passer une journée à la pêche avec moi, j’ai tout de suite répondu positivement et jeté mon dévolu sur cette rivière.

ricksanto05062017 (16)

Motivés tous les deux pour profiter pleinement de ces trop rares instants passés ensemble au bord de l’eau, ajouté au fait que début juin est l’une des périodes fastes de la saison avec les journées les plus longues, nous nous sommes logiquement retrouvés dès potron-minet. Traduisez 8h autour du traditionnel café chaud. C’était mort pour le coup du matin…

Le temps de faire la route et de s’arrêter acheter du pain, il était bien 9h passée quand nous avons eu notre premier contact avec la rivière sur un pont en aval du parcours. L’épisode pluvieux des jours précédents avait fait son œuvre, la rivière était puissante et légèrement teintée.

ricksanto05062017 (20)

A la vue des niveaux, j’expliquais à mon collègue d’un jour les différentes possibilités que nous avions, en dehors de prendre le risque de  s’aventurer dans cette vallée encaissée qui, d’après les cartes, n’offrait pas beaucoup d’issues et lui laissais le choix de la décision finale. Aussi, au risque de trouver des conditions un peu difficiles, Rik me prouvait que comme pour moi, l’idée d’évoluer dans un milieu peu fréquenté, synonyme en théorie d’une bonne densité de poisson, dont plusieurs espèces de salmonidés intéressantes pour les pêcheurs à la mouche, était suffisante pour ne pas avoir à réfléchir à un plan B. Nous avons donc pris la route des gorges…

Rik était avec moi quand 40 tonnes de cailloux ont failli régler définitivement l’avenir de Jules, peut être était-ce un signe…

ricksanto05062017 (29)

ricksanto05062017 (30)

Bref, quelques kilomètres plus tard ma voiture était positionnée à la sortie des gorges et nous rejoignions notre départ grâce à la sienne. Il ne nous restait plus que quelques centaines de mètres à parcourir à pieds et nous allions enfin pouvoir en découdre avec les poissons. Nous avons emprunté le chemin qui devait nous permettre de contourner la colline et de pénétrer dans la vallée proprement dire et puis le sentier s’est arrêté, nous abandonnant dans la pente, quelques dizaines de mètres au dessus du cours d’eau.

Laissant de côté le peu d’intelligence qui nous caractérise, nous avons poursuivi et finalement réussi à atteindre le bord de l’eau. Il faut souvent réaliser des approches aléatoires avant de s’apercevoir qu’il existe des accès plus aisés…

ricksanto05062017 (40)

Dommage que cette rivière est barrée un peu plus haut, artificialisant son régime et polluant tout autant l’eau que notre imagination, car nous avons pu, Rik et moi, et l’espace de quelques instant, revenir quelques dizaines d’années, voire plusieurs siècles en arrière et pêcher une rivière vierge de toutes les agressions humaines tellement la nature environnante semblait sauvage et épargnée.

ricksanto05062017 ban2

Rien que pour ça nous étions convaincus d’avoir fait le bon choix, tellement habitués à parcourir de vraies autoroutes le long des cours d’eau. Mais si pratiquer cette activité dans de telles conditions a quelque chose d’enivrant, il y a plusieurs contreparties. La première consiste en une progression ralentie par l’absence de chemin et par les quelques escalades improvisées et la deuxième, et non des moindre, est la légère tension causées par les très (trop) nombreux objets de toutes sortes descendus brutalement, sous l’influence notamment d’une gravité fortement accentuée par une pente proche de la verticale. Troncs d’arbres de toutes tailles, blocs rocheux voire pans entiers de montagne, cet endroit est vivant, magnifique et sûrement… dangereux…

ricksanto05062017 (3)

Côté pêche, cette journée ne restera pas dans les annales. Pour Rik, qui vivait sa deuxième véritable session de pêche en nymphe en torrent de montagne, ce fût un peu compliqué mais les conditions n’étaient pas vraiment en sa faveur et il ne fait aucun doute qu’en situation normale il tirera son épingle du jeu. Ses dérives sont tout à fait correctes et avec des poissons un peu plus joueurs il fera des scores tout à fait honorables.

ricksanto05062017 mdp(10)

De mon côté, j’ai été un peu plus chanceux mais il fallait vraiment « porter » les nymphes jusqu’à la gueule des poissons. Il y avait pourtant de nombreux insectes, des « grandes drailles » aux mouches de mai, en passant par les inévitables sedges et « ecdyos » de saison, les poissons avaient le choix, mais les fortes pluies des jours précédents avaient vraisemblablement calé tout le monde et seule quelques truites ont succombé à mes imitations.

IMG_20551

Mais était ce le plus important ? Je ne crois pas… nous avons passé un bon moment, dans un lieu superbe et impressionnant qui, sans être très éloigné de chez moi, n’avait jamais été le théâtre de mes occupations futiles et qui me reverra sans doute… mais si possible accompagné…

ricksanto05062017 (43)

Petit clin d’œil à JMC avec la 10’6 « Compétition » qui s’avère excellente pour ce genre d’exercice et leur bâton de wading qui confère une certaine sécurité pour progresser sur ce type de parcours…

 


Posted in Récits..., Sorties pêche... by with 4 comments.

Solidarité

eric-petite-rhue-avril-2012-ban-1

Je cherche un coin pour aller à la pêche demain… plus qu’une nuit avant mon voyage halieutique hebdomadaire. Mon sac n’est pas fait et je n’ai pas touché à mon matériel depuis la dernière fois mais bon, un peu de rafistolage au bord de l’eau n’a jamais tué personne. Je me concentre donc plus sur la recherche d’un accès, puisque je connais déjà le nom de la rivière, et allume mon ordinateur.

Je lance « Géoportail », afin de repérer l’endroit secret ou personne ne va jamais, en tout cas c’est ce que j’aime à imaginer, en général le plus encaissé possible et éloigné des chemins principaux, et vais faire un tour sur facebook le temps que le bazard se mette en branle.

Et il aura suffit d’une vidéo pour que j’en vienne à me demander si j’allais bien y aller, à la pêche… une vidéo de la Bienne, rivière que je n’ai jamais pêchée mais dont le nom m’évoque un petit paradis. Cours d’eau mythique qui draine une région réputée pour la qualité de son cheptel piscicole, pèlerinage indispensable pour qui veut gagner ses lettres de noblesses dans le petit monde de la pêche. Si tu veux mourir en paix avec toi-même, tu dois avoir pêché une rivière du Jura au moins une fois dans ta vie.

Mais ça c’était avant…

J’ai le souvenir d’un collègue qui me parlait de cette rivière… je le revois encore, la bave aux lèvres et l’œil pétillant… « Ce rocher, mon gars !!! Un HLM à poissons…, et cette eau… ».

A l’époque, j’écoutais d’une oreille discrète. Le Jura faisait effectivement parti des destinations de choix, en tout cas en France. Les rivières de ce département illustraient régulièrement les unes de la presse spécialisée, avec des poissons magnifiques, vivants ou morts soit dit en passant, les rédacteurs en chef n’ont pas toujours été très tatillons, et je savais que je n’allais pas y aller.

Une eau limpide, des poissons hors normes, des textes élogieux depuis des milliers d’années sur la pêche dans cette région et des pêcheurs venus du monde entier pour tenter de leurrer une truite trophée, à vue, sur les traces des plus grands noms de la discipline. Autrement dit, une autoroute à pêcheurs avec des poissons éduqués à souhait, ce qui, si vous vous souvenez bien, est aux antipodes de ce que je recherche en termes de destination de pêche.

cropped-fond-ecran-dordogne-1.jpg

Pourtant, à la vue de ce petit film, tourné par quelqu’un qui devait avoir mal au bide en tenant sa caméra tellement les images sont ahurissantes, je ressens une petite frustration de ne pas y être allé il y a quelques années.

Aurais-je encore l’occasion d’aller user mes pointes sur le nez des gorets de la Bienne ?

Toutefois, ce n’est pas ce sentiment qui domine. A la limite, j’en suis à me demander si je vais aller à la pêche demain à côté de chez moi, alors ne pas avoir la possibilité d’y aller dans le Jura est comme qui dirait le cadet de mes soucis.

Mais ce qui se passe dans le Jura est la même chose que partout ailleurs… et donc que chez moi… en Auvergne.

Certes, voir des wagons de truites le ventre en l’air, ou agonisantes, le corps recouvert de « mousse », est beaucoup plus spectaculaire qu’un abreuvoir rempli d’algues sur le plateau d’Allanche ou qu’un pré dont la neige est souillée par la merde, mais c’est la même musique.

Et la liste est longue. C’est cette industrie agro-alimentaire, ici, dont le fromage insipide est fêté tous les ans par un village tout entier, puisqu’elle a fait disparaitre tous ceux issus de pratiques traditionnelles, qui évacue son trop plein d’eaux usées directement dans la rivière. C’est ce hameau, là, qui n’est toujours pas aux normes en matière d’assainissement. C’est l’Europe qui continue d’autoriser le glyphosate… la Norvège qui reconnait que son saumon donne le cancer, c’est les pesticides qui favorisent la maladie de Parkinson chez les agriculteurs etc.

En bref, c’est l’intégralité de nos pratiques qui est à remettre en question.

En fait, ce n’est pas tant de la frustration que je ressens, mais de la trouille… l’impression que tout s’accélère et que nous assistons, incrédules, au dépérissement de notre espèce… 7 milliards d’êtres humains semble être un nombre insuffisant pour éviter la consanguinité.    

dordogne-vase-16-fevrier-2015113

Ce que j'ai du mal à comprendre, c’est pourquoi nous avons l'impression que rien ne bouge? pourquoi rien ne semble évoluer dans le bon sens alors que les exemples d'atteintes graves à la qualité de l'eau se multiplient. Pourquoi, alors qu'une majorité des pratiques préjudiciables aux milieux aquatiques sont connues et que de plus, et puisqu'au final il faut bien que ça rapporte de l'argent, nous savons que le tourisme lié à l'activité pêche peut être une source de revenus non négligeable pour un territoire, rien ne se passe?

Pourquoi toutes ces régions, qui basent leurs politiques de communication sur leurs milieux préservés ne s’emploient pas à ce qu’ils le soient vraiment ? Peut être devrions nous porter plainte pour publicité mensongère…  « Venez patauger dans le Haut-Allier, mais pas après un orage, à moins d’apprécier le bouillon déversé par nos stations d’épuration ».

Peut-être finalement que dépenser 800000 euros sur le Tour de France afin de montrer une autre image de cette activité n’est pas une hérésie pour être enfin écouté.

La qualité de nos rivières reflète l’état de santé de notre territoire, c’est un problème qui nous concerne tous.

Une autre forme de communication, loin des images véhiculées par TF1 par exemple quand ils filment la pêche Blanche au Guéry. Pêche qui n’a de blanche que le nom car c’est le rouge qui domine, rouge dans les bouteilles et neige ensanglantée… Ce n’est peut être pas une connerie, affaire à suivre.

Pour faire bref, le Jura est surement en train de voir disparaitre quelques unes des plus belles rivières du monde et avec elles une réputation sinon mondiale, au moins européenne. Bientôt, quand en plus de la perte des touristes pêcheurs, ils devront répondre des problèmes liés à la consommation d’eau potable ou au simple contact, par baignade, avec cet élément, le préjudice sera énorme… mais il sera trop tard. Il ne leur restera que Center Parc pour vanter les mérites des loisirs aquatiques et d’un environnement préservé.

Je vais quand même aller à la pêche demain… car si chez moi la Région vante la qualité de son environnement, c’est parce que c’est vrai… l’eau est claire, les truites en pleine forme… mais ne nous y trompons pas, je vais seulement rendre visite à une amie qui agonise, pas encore trop marquée par la maladie qui la ronge… je vais apprécier la beauté  d’une rivière dans sa vallée, tant que c’est encore possible…

 

dordogne-vase-16-fevrier-20155


Posted in Milieux... by with 2 comments.

Restez informé en temps réel

dernières actus


Posted in Infos pratiques by with comments disabled.

La pêche contemplative

Tout d’abord il y a l’espoir… celui d’avoir les conditions idéales. Même si je reste persuadé que je ne les connais pas, même si je sais qu’il se passe sûrement quelque chose que je ne maitrise pas. Un détail, pervers, qui transforme sous mes yeux naïfs ma quête du graal en journée de pêcheur ordinaire.

Boaf me dis-je. Je serai toujours mieux là qu’au boulot ou que devant ma télé, si j’en avais une.

 

Haut-Allier juillet 2016 (9)

A ce moment là, j’enfouis cette certitude de ne pas détenir la clef sous les quelques indices qui m’incitent à penser que cette fois est la bonne.

Je vérifie en chemin que tous les éléments, identifiés par mes cinq sens comme susceptibles d’éviter de faire basculer cet instant privilégié de la sortie de l’année à la fin d’après-midi banale, sont bien réunis. Ça passe par l’odeur, la température, par la maison qui avait les volets ouverts la dernière fois que c’est arrivé, par les insectes etc.

 - Il ne peut y avoir qu’un pêcheur pour être heureux de voir des mouches -  

Bref, une masse d’informations toutes aussi pointues les unes que les autres, toutes aussi discrètes pour l’œil du novice qu’évidentes pour le spécialiste, ou pour le superstitieux. J’attendrai bien l’autoévaluation finale pour définir dans quelle catégorie je me situe.

Tout ça pour dire que pour l’instant l’espoir est intact, rien n’a pour le moment contrecarré mes plans. Ce nuage peut-être… il n’était pas aussi sombre la dernière fois, enfin je crois.

Jusque ici rien de bien grave. Ces quelques désagréments climatiques n’ont pas de réelles conséquences. Hormis peut être pour mon confort personnel… mais je ne suis pas là pour ça. Ça me facilite même la tâche quant à la technique que je vais mettre en œuvre. S’il ne se passe rien en haut, ça va se passer en bas. Encore un détail subtil qui ne remet pas en question ma motivation.

Quelque chose pourtant a retenu mon attention. Même si j’éprouve quelques difficultés à discerner le fond, les zones les moins profondes me confirment ce que j’avais déjà observé la dernière fois sur un autre secteur plus en amont, la rivière est propre. Je sais bien que la merde qui l’asphyxie lentement est toujours là, mais aujourd’hui la rivière est dans un bon jour.

La crue est sa chimio… une bouffée d’oxygène qui ne la sauvera plus mais qui prolonge simplement son agonie. J’essaye de faire comme elle et tente d’oublier tout ça.

Je ne sais pas si je prendrai l’une des grosses truites que je suis venu chercher mais je sais au moins que je suis sur le point de passer un bon moment. C’est du moins ce que je suis en train de me dire, les doigts trop mouillés par l’averse pour pouvoir rouler ma clope. Ce putain de nuage…

J’en profite pour refaire mon bas-de-ligne et lui nouer une valeur sûre au bout.

Cantal juillet 2016 (4)

Couze Pavin juillet 2016 (2)

Les temps sont durs pour nos cours d’eau. Je tente de profiter au maximum de l’instant présent, conscient de la chance que j’ai d’être là un jour de semaine, pendant que la majorité de mes congénères est au boulot. J’essaye de ne pas penser aux exemples multiples de la bêtise humaine, aussi nombreux que des asticots sur un cadavre de loutre. Je suis inquiet de voir l’impact sur nos milieux naturels que peut avoir une population capable d’assassiner pour une idée, le pouvoir, du fric ou un ballon.

Aujourd’hui je suis bien, je suis au bord de l’eau, et s’il y a un conseil que je peux donner en étant sûr de ne pas dire de connerie, c’est seulement en étant au bord de l’eau que l’on peut attraper un poisson.

Les galets, lavés des algues qui les dissimulaient encore quelques jours auparavant, m’assurent une progression facile.  Je m’évertue à faire passer ma nymphe au plus proche des postes supposés et je dois bien dire que si mes mains sont mouillées à ce moment là, c’est surtout grâce à la pluie. J’ai bien fait de prendre ma veste sinon ça commencerait peut être à me gonfler. Parfois même des galets propres ne suffisent pas à notre bonheur.

Et puis, devant un caillou un peu plus gros que les autres, dans une veine d’eau de quatre-vingts centimètres de large taillée dans la roche, plus puissante et plus profonde que le reste de la rivière qui fait cinq ou six mètres à cet endroit là, mon fil se tend. Toutes mes pensées s’évanouissent. Pourtant rien de plus que cette légère tension dans la canne… un contact furtif comme il peut y en avoir souvent à la pêche, une sensation d’habitude vite oubliée.

Haut-Allier juillet 2016 (2)

Mais je l’ai vue… la truite s’est retournée et a exposé son flanc suffisamment proche de la surface pour que je puisse avoir le temps de me dire que je n’étais pas loin d’atteindre mon but. Pouvoir poser mon regard sur ce que la nature peut produire de plus beau, ce que certain appelle une truite trophée, une « poutrasse » si ce fût un brochet.

Mais je ne suis pas frustré. Mon fameux nuage  semble avoir décidé d’aller arroser un autre pêcheur. L’air se réchauffe autour de moi, les insectes comme mes mains sont en train de sécher. Les premiers volent déjà au dessus du courant, je vais enfin me rouler une cigarette…

Je ne vais pas pouvoir rester jusqu’à la nuit. Il ne me reste pas beaucoup de temps. Je sais que juste au dessus il y a un grand plat, lieu privilégié pour l’observation. Je me choisis un bout de caillou recouvert de mousse, suffisamment haut pour avoir une vue dégagée, y pose ma canne et mon séant et craque une allumette.

Les petites sortent les premières, trahissant leur présence par des gobages explosifs, essayant d’attraper les éphémères engourdies, parfois en plein vol, y arrivent de temps en temps. L’air se charge en odeurs de sous bois portées par l’évaporation, le chant des oiseaux accompagnent mes pensées. Ces mêmes pensées qui dérivent, invariablement, sur l’actualité du moment… tous ces morts, pour des conneries et, pas moins grave à mes yeux car plus insidieux, tous ces vivants en sursis, qui s’ils ne meurent pas d’une balle dans la tête tirée par un quelconque extrémiste quel qu’il soit, finiront quand même par s’entretuer pour les dernières gouttes d’eau potable. Car si l’agonie est plus longue, elle semble irrémédiable.

seuge-debut-juin-2012-4

paysages tarentaine mars 2015.jpg

Aujourd’hui je suis à la pêche, sur les bords d’une rivière qui souffre, vérolée par ses barrages, pourrie par les pratiques humaines, et qui m’offre pourtant une vision de ce qu’elle pourrait être, de ce qu’elle devrait être, si toutes les pratiques empreintes de bon sens n’étaient pas balayées d’un revers de main les unes après les autres par nos décideurs, faisant parfois/souvent fi de l’expression populaire.

Le barrage de Poutès par exemple, belle démonstration de la volonté gouvernementale de tenter de faire de l’hydroélectricité une énergie propre comme ils se plaisent à le dire, ou les carnages récurrents sur les rivières de nos voisins de l’est qui démontrent bien toute la volonté des hommes de tout faire pour que cela change.

Aujourd’hui, je pratique la pêche contemplative, non parce que je ne suis plus à la recherche des poissons trophées, mais parce que conscient que ça ne durera pas éternellement…

DSCF3175


Posted in Milieux... by with 2 comments.

Le Pont de la Mort

Sumène avec Ludo 14 mai 2013 (5).ban

Finalement ce n’était pas la mort.

Je tente de me convaincre que mon choix était le bon. J’imagine la trotte pour rejoindre ce caillou sur lequel j’essaie de m’en rouler une, si je n’avais pas tenté le coup. Mais qui a bien pu dire que la ligne droite est le chemin le plus court ? Sûrement pas un pêcheur…

Est-ce le soleil de septembre, encore haut dans le ciel, qui maintient mon corps dans un état proche de l’ébullition ?

Les feuilles commencent à jaunir et la petite brise qui descend la vallée peine à les bercer, et ne me refroidit pas. Je donnerais volontiers ma cigarette pour un grand verre d’eau, pour ma bouche et tout ce qui s’y trouve, aussi sèche et râpeuse que le reste de mon corps est moite. J’ai l’impression d’avoir trempé dans un grand baril de sueur, avec les habits en plus. Et le néoprène, quand ça chauffe, vous passez votre temps à vous demander où peut bien être planquée la charogne qui pue comme ça.

Sumène avec Ludo 14 mai 2013 (2)

Je regarde le versant d’en face. J’ai l’impression que je pourrais le toucher alors que je surplombe la rivière d’une bonne trentaine de mètres. « Putain »… je n’avais pas l’impression que la pente était si forte quand j’ai pris la décision de monter, plutôt que d’aller récupérer la sortie quelques minutes de marche en aval.

Depuis longtemps je voulais venir ici. Ce parcours est en bas de chez moi et je ne le connais pas. Je suis dans le coin depuis deux ou trois ans déjà et je n’y ai encore jamais trainé mes guêtres. Des gorges, mondialement connues dans tout le canton, qui n’ont pas encore vu les montages grossiers que je suis capable de réaliser et encore plus fou d’oser les présenter aux poissons…

Imaginez : une rivière, petite, mais suffisamment puissante pour avoir fendu la roche sur plusieurs dizaines de mètres de profondeur, qui dégringole des monts du Cantal. L’assurance d’une eau fraiche et bien oxygénée et de fortes chances que les pêcheurs qui tentent l’aventure de ces gorges soient rares. Autrement dit : quelques critères en faveur des poissons. Bref un parcours intéressant à plus d’un titre. C’était bien une bonne idée.

Sumène avec Ludo 14 mai 2013 (18)

Pourtant la difficulté que j’ai à calmer les mouvements incontrôlés de mes mains, répandant au passage un peu plus de tabac sur le sol que ce dont j’ai besoin pour remplir ma feuille, est là pour me rappeler que non. C’était vraisemblablement une connerie. Je me souviens même m’être dit, quelques minutes auparavant, « putain!!! T’es vraiment un abruti »…

Arriver à me rouler ma clope, ça aussi ça me ferait du bien…

Aussi sûr qu’il faut être vigilant de ne pas pisser vent de face, tout pêcheur un peu sensé à en tête qu’il est beaucoup plus sage d’être deux pour découvrir un tel secteur. Mais connaissez vous un homme capable de garder la tête froide quant il s’agit d’aller à la pêche? Qui plus est l’un des derniers jours de la saison…

Je ne suis pas arrivé très tôt. Neuf heures peut-être. Il faisait encore frais et la rosée du matin participait encore à l’ambiance générale. Les sens s’ouvrent aux sollicitations multiples et il vous est impossible, à ce moment là, d’entreprendre autre chose que d’aller jeter un œil par-dessus le parapet du pont. « Le pont de la mort » … j’aurais dû me douter de quelque chose… si les lieux-dits ont un nom, c’est le plus souvent parce qu’ils l’ont mérité…

Je sais que les truites sont très actives à cette période de l’année… l’hiver vient… et la nourriture disponible sur ce type de ruisseau, qui descend directement des montagnes, sans prendre le temps de se réchauffer au soleil de la planèze, reste peu abondante. Les truites sont vives et puissantes malgré une taille modeste. Elles ont besoin de ces qualités pour survivre…

Mais si les poissons sont vigoureux, ils n’ont pas d’autre choix que d’être opportunistes. Dans ces conditions, même un bousier fait pitance et il devrait être assez facile de pouvoir déjouer leur vigilance. Mon choix est donc rapide. Je pêcherai avec une petite canne et en sèche… ce que je préfère. Je révise rapidement le bas de ligne de ma 7 pieds et accroche un petit sedge en lièvre et flanc de canne, une valeur sure pour débuter ici. Je ne prends même pas le temps de me désaltérer directement à la bouteille que j’ai pris soin d’emmener avec moi et la laisse au fond du coffre de ma voiture. Je sais pourtant pertinemment que je n’en boirai pas à mon retour, quand l’eau qu’elle contient sera devenue un vieux thé fadasse, chauffé par le soleil à travers la vitre. Je suis déjà en train de descendre quand je me fais cette réflexion, j’ai hâte d’être au bord de l’eau.

Sumène avec Ludo 14 mai 2013 (19)

Dans mes prévisions les plus folles, j’avais prévu de pêcher les gorges et de ressortir quelques kilomètres plus haut, à portée de voix de la fenêtre de ma chambre. Je n’ai donc pas trop trainé.

Quand c’est possible, je prépare ma ligne sur la berge de la rivière. Ce court instant pendant lequel va se décider la technique que je vais mettre en œuvre et la mouche que je vais nouer en premier. Mais pas aujourd’hui. Compte tenu de la configuration de la rivière, succession ininterrompue de caches, trous, courants et autres racines, je me suis dis que l’observation allait se faire en court de route. J’aurais peut-être du lever un peu les yeux mais bon… j’ai pénétré dans les gorges.

Très vite la vallée s’est refermée autour de moi. A la faveur d’une confluence, peu après mon départ, telle la dernière station avant le désert, j’ai hésité à remonter ce petit tributaire que je connais déjà et qui serpentent au milieu des prés un peu plus haut. Mais l’assurance de ne pas arriver trop tard à la voiture n’a pas été suffisante pour me faire changer d’avis. J’ai continué à droite, et j’ai senti le courant d’air.

La nature a changé, est devenue un peu plus hostile, oppressante et austère. Les oiseaux sont plus discrets… Les arbres qui les accueillent sont maintenant bien trop hauts et de toute façon, la rivière est beaucoup trop bruyante. Je ne remarque même pas que le petit sentier de pêcheur, sur la berge, a disparu. La roche me surplombe et semble lutter de toutes ses forces pour ne pas se laisser éventrer par ce petit ruisseau arrogant, décidément résolu à rejoindre l’océan au plus vite. Le granit ne me laisse plus d’autre choix que de marcher dans le lit de la rivière pour progresser.

Même la végétation semble hésiter à s’épanouir… il fait très frais, presque froid, et les rayons du soleil ne touchent pas le fond de la gorge bien souvent. Seule la mousse, quelques plantes et autres arbustes tourmentés se disputent la lumière. Les quelques arbres que je rencontre semblent avoir été jetés là pour qu’on les oublie, et forment un désordre de branches et de troncs, donnant à cette vallée des airs de forêt tropicale. Je ne suis plus aussi sûr de moi mais la conviction que le virage suivant me masque le poste prometteur, celui que je suis venu chercher, où la truite d’une vie attend, se gavant, naïve, des quelques improbables insectes qui osent s’aventurer en ces lieux austères, ne me laisse pas vraiment le temps de me poser trop de questions, et je continue.

Finalement, il n’y aura pas de grosse truite. Je suis obligé de prendre ma canne entre mes dents pour gravir la cascade qui me bloque l’accès au reste de la rivière et je dois reprendre mon souffle.

Sumène avec Ludo 14 mai 2013 (21)

Pour ça j’ai un secret… je me pose tranquillement sur une pierre, les pieds dans l’eau et le cul au sec, et me roule une cloppe. Je regrette déjà de ne pas avoir pris la bouteille d’eau et tente de me convaincre que le tabac ne fera pas empirer ma soif, mais je crois que vous avez déjà un petit aperçu de la volonté qui me caractérise. Je craque une allumette, savoure la première bouffée et prends le temps d’observer autour de moi… Je suis bloqué. Je ne pourrai pas franchir la chute d’eau suivante. Le saut fait plus de cinq ou six mètres et les deux murs qui encadrent le torrent ne me laisse que peu d’espoir.

Pas de panique. Je me suis déjà retrouvé dans cette situation et il ne m’est presque jamais rien arrivé de fâcheux. Je suis monté jusqu’ici sans encombre, je peux toujours redescendre. Non, c’est plus un sentiment de frustration qui m’envahit, même si je prends peu à peu réellement conscience que les arbres sont soit couchés le long de la berge ou en travers du cours d’eau, soit dans des positions beaucoup plus extravagantes, parce qu’ils ont basculés dans le vide, sans se poser de questions, sans se soucier de leurs atterrissages. Aucun d’entre eux ne semble avoir encore ses racines plantées dans la terre. Mais s’il est une chose qui m’a définitivement refroidi, c’est leur nombre.

Maintenant que je m’intéresse un peu à mon environnement dans son ensemble, mes quelques compétences en chutes d’objets m’indiquent que rien n’est figé ici. Le lieu n’est pas sûr. Cet arbre n’est pas là depuis longtemps et l’éboulis, visible juste en dessous, est bien actif. Les angles sont vifs et surtout les pierres n’ont pas de mousse.

Dans une situation pareille, toujours bien peser le pour et le contre. Que dois-je faire ? Prendre le temps d’être bien sur que la cigarette que je venais de fumer avait peut-être un lien avec le fait que je ne pratique pas l’escalade à haut niveau, ce qui aurait pu me permettre de franchir l’imprévu, peut-être, avec le risque de prendre un morceau de Massif-Central sur la tronche, ou battre en retraite ? … Je me mets à suivre le courant.

Je ne perds toutefois pas complètement espoir. Ça ne fait pas si longtemps que ma partie de pêche a commencé et j’ai encore du temps devant moi. Largement de quoi contourner l’obstacle.

Je franchis la dernière cascade en sens inverse, avec moult mouvements de bras et de jambes, comme seuls les pêcheurs à la limite de l’adhérence savent faire, tels des pantins désarticulés, et repère du coin de l’œil une petite sente qui semble bien mener vers une sortie potentielle. Encore un choix,Diable que la vie de pêcheur est compliquée ! Devais-je tout redescendre jusqu’au sentier et perdre une heure de pêche au bas mot ou tenter la grimpette et continuer mon bonhomme de chemin en direction de la source ? Pas question de baisser les bras deux fois de suite devant un tel défi. Surtout que celui-ci a l’air, de prime abord, beaucoup plus dans mes cordes…

A croire que peser le pour et le contre, c’est une fois pas plus par sortie de pêche… C’est surement pour ça qu’il faut être deux… Je vais tenter de monter.

A première vue, il y a une sorte de raidillon qui tire tout droit jusqu’à un gros rocher, à partir duquel il semble facile de franchir la crête et de basculer sur le plateau. De là, je sais que je serai vite dans les prés et je pourrai redescendre, je pense, un peu plus loin.

La pente est raide mais les premiers mètres se passent sans encombre. C’est à peine si mes chaussures glissent sur les feuilles sèches du sentier. Je regarde vers le haut… « Bon Dieu qu’le ciel est loin », si j’arrive au rocher c’est gagné, la sortie à l’air facile.

Sumène avec Ludo 14 mai 2013 (24)

Imperceptiblement la pente s’accentue. Je lance maintenant ma canne vers le haut, un peu au dessus de moi, pour avoir les mains libres et m’aider à tenir en place, à ne pas tout redescendre en glissade, dans le meilleur des cas. Je ne suis pas encore très haut mais il y a un petit saut d’un mètre cinquante et des cailloux pour m’accueillir … Et puis je pense aux arbres. Vous comprendrez ma réticence.

Très vite je suis contrains de réviser mon jugement. Ce que je prenais pour un passage est en fait un chenal d’écoulement des eaux de pluies. Je progresse de plus en plus difficilement. Je suis maintenant obligé de dégager les feuilles à la hâte afin de pouvoir assurer mes prises. Et je ne vais plus en ligne droite. Je vise la prochaine racine, le moindre petit arbuste, du moins quand la sueur qui me coule devant lez yeux me le permet, quoique ce soit qui m’offrent l’assurance d’avoir autre chose que de la terre et des feuilles mortes pour me caler un pied.

Je ne suis plus qu’à deux ou trois mètres du rocher… je suis incapable de dire depuis combien de temps je transpire dans ce guêpier… j’ose à peine regarder derrière moi, de peur de sentir mon pied lâcher prise afin de me donner une seconde chance de faire le bon choix. Je ne peux plus faire demi-tour, je dois sortir par le haut.

C’est ce moment qu’on choisit mes genoux pour commencer à trembler. Ces mouvements aussi saccadés qu’incontrôlables que seuls les premier de cordée, ou les débutants, connaissent, quand ils sont à la limite de leurs compétences, et que la prochaine prise semble inaccessible. « Putain JB, t’es vraiment un gros abruti »… ce fût peut être la seule réflexion intelligente lors de mon ascension. Je pense à mes gosses, ce qui me conforte dans l’idée que j’ai fait une belle connerie et m’aide, ou me pousse, à rester concentré.

Je progresse, non sans mal, et j’ai bien du perdre dix litres d’eaux, dont une bonne partie ruisselle dans mon dos et me remplie les bottes, quand je sens enfin la chaleur du caillou sous ma main. Je touche le rocher et pense avoir gagné la bataille maintenant que j’ai de vraies prises, solides entre les doigts. Je franchis l’arrête… je suis debout sur ce balcon improbable et n’entend plus que mon cœur qui bat une mesure digne d’un concert de Metallica. Je lève les yeux sur cette belle vallée, mesure le travail accompli, et prend conscience que, malheureusement, le plus dur reste à faire. Point de salut depuis ce repos improvisé… Genoux ! Vous pouvez continuer cette rythmique endiablée.

Heureusement, c’est à ce moment là que les facultés de mon cerveau entrainé, rompu à l’effort de haut niveau, pour ne pas dire que la panique m’empêche d’avoir des pensées cohérentes, me masquent l’évidence… il n’y a plus qu’une solution. Je suis à une vingtaine de mètres de la rivière et je ne peux plus descendre. Derrière moi le talus ne m’offre aucune issue… que me reste-t-il ? Un arbre. Un arbre, dont les racines semblent léviter tant la terre qui leur sert de substrat a déserté depuis bien longtemps. Un arbre qui m’offre une marche vers la liberté, un arbre qui est à deux mètres de moi.

Vous êtes vous retrouvé dans une situation pareille, je ne vous le souhaite pas. Je décide de ne pas attendre plus longtemps. La seule autre solution sensée serait d’attendre qu’on vienne me tirer de là mais le qualificatif « abruti » qui me caractérise parfois ne laisse plus aucune place au doute… je cale ma canne à des branches qui me permettront de la récupérer si j’arrive à franchir cette dernière épreuve… et saute. Pas le temps de me poser de question, pas le temps de me dire que je saute au dessus du vide en visant un arbre qui n’attend que moi, hésitant, pour aller rejoindre ses congénères au fond du trou, quand j’atterris avec souplesse, les pieds sur ses racines… non, ça c’est ce que j’aurais pu imaginer si j’avais pris deux minutes avant de m’élancer. Je saute donc, et nous retombons, ma sueur et moi, violemment contre le tronc. Une seconde… deux secondes… je resserre mes prises, si je dois tomber, nous chuterons tous les trois… rien ne se passe… les quelques feuilles qui s’accrochaient encore à ses branches finissent de choir. Il semblerait que ce ne soit pas pour cette fois.

Je me tourne, attrape ma canne, et peux enfin espérer classer cet évènement dans la rubrique « histoires anciennes de JB l’abruti ?». Enfin disons plutôt que mon instinct de survie fait bouger mes membres jusqu’à ce petit caillou qui émerge des feuilles et sur lequel je ne serai pas trop mal pour une petite introspection.

Je m’assois, j’essuie les quelques gouttes de transpiration qui me voilent la vue, puis mes doigts… pour pouvoir me rouler ma cigarette… je fume… je repasse le film des dernières minutes de cette ascension en me promettant de bien peser le pour et le contre la prochaine fois…

Il est temps de repartir. Mon cœur a retrouvé un rythme normal de fumeur moyen. J’ai un peu hésité avant de décider de continuer. Je me dis que j’ai eu de la chance, j’aurais pu tomber un nombre incalculable de fois. Je prends ma canne, me lève… et glisse, entravé sournoisement par une branche.

« Putain JB, t’es vraiment un abruti ». Nous sommes déjà en train de rentrer à ma voiture quand je me fais cette réflexion, ma sueur, ma canne cassée et moi.

Sumène avec Ludo 14 mai 2013 ban2

 

 


Posted in Récits... by with 5 comments.

La Dordogne en direct… manifestation le 14 mars 2015

affiche pollution haute dordogne


(Cliquez sur les liens pour plus d’infos)

Arrêté préfectoral

Un article sympa

Pétition, à signer et partager

Un bon résumé

Une manifestation est organisée

Réaction d’EPIDOR

Les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules

Fédération du Puy-de-Dôme

lettre_ouverte_fdppma_63

Rapport pollution la Bourboule

 

Quelques images:


Posted in non classé by with 3 comments.

La Dordogne? y a plus rien…

dordogne-ban

Aujourd’hui j’ai ressorti un vieux cd de Lightnin Hopkins pour m’accompagner jusqu’à la rivière. Un bon blues de derrière les fagots, c’est tout ce dont j’avais besoin, à un mois de l’ouverture de la pêche, pour aller visiter la Dordogne.

Dans ma tête, des souvenirs de ma dernière expérience, vieille de deux ans déjà, avec mon pote Ludo. Nous n’avions pas résisté à la tentation d’aller passer deux petites journées au bord de cette rivière que nos amis corréziens, qui ne connaissent pas la Sioule ou le Haut-Allier vraisemblablement (;-)), ont pris pour habitude d’appeler « la Belle ».

  dordogne-aveze1

dordogne-aveze2

dordogne-aveze3

La beauté des paysages, de la rivière, le bonheur simple de profiter de la nature le temps d’un bivouac, nous avaient vite fait oublier la difficulté d’attraper de jolis poissons ce jour là, au fond des magnifiques gorges d’Avèze.

dordogne-aveze4

A l’époque, un nouveau parcours « no-kill » venait d’être créé, ce qui laissait présager un avenir radieux pour ce joli secteur et nous étions convaincu que nous allions y revenir. C’était au programme pour cette nouvelle saison, même si je pensais quand même attendre le printemps pour retenter l’expérience.

dordogne-vase-16-fevrier-2015

Aujourd’hui, j’avais une petite boule au ventre, comme quand nous allons visiter un proche à l’hôpital. Nous savons que quelque chose de grave est arrivé mais les infos sont encore trop fraiches pour connaitre la gravité de la situation. Parfois il y a plus de peur que de mal, parfois l’issue est beaucoup plus tragique.

dordogne-vase-16-fevrier-2015113

dordogne-vase-16-fevrier-20152

dordogne-vase-16-fevrier-20153

dordogne-vase-16-fevrier-20154

Que vais-je dire à Ludo ? Comment lui expliquer qu’un gus a pu à lui tout seul anéantir tous les efforts fait autour de cette rivière ? Comment lui expliquer qu’une seule personne peut  annihiler toutes formes de vie sur plus de 20km de cours d’eau? Comment est-ce encore possible dans une Europe qui impose le bon état écologique des masses d’eau, dans une région qui vante la qualité de son environnement, au cœur d’un parc naturel régional, dans un bled qui a bâti sa réputation grâce aux bienfaits de sa flotte ??? ça ressemble quand même un peu à du foutage de gueule.

dordogne-vase-16-fevrier-20155 dordogne-vase-16-fevrier-20156

dordogne-vase-16-fevrier-20157 dordogne-vase-16-fevrier-20158

Aujourd’hui une rivière est morte… le fond de la Dordogne est colmaté sur des kilomètres par des vases issues de la retenue de La Bourboule… et déversées accidentellement (sic). La Bourboule, ses cures thermales et ses bains de boues ou comment détruire notre bien le plus précieux.

Et si Ludo me demande, la Dordogne ? y a plus rien…

Ci-dessous: Pont de Chalameyroux, bien en aval de la retenue… à droite un petit affluent, propre, qui marque le contraste avec les fonds colmatés et les eaux encore chargées de la Dordogne, quelle misère…

dordogne-vase-16-fevrier-2015112

dordogne-vase-16-fevrier-2015111

La patouille

dordogne-vase-16-fevrier-20151

Niveau max

dordogne-vase-16-fevrier-20159

Au final je n’ai pu observer aucune truite mais vu la quantité de boue, celles qui n’auront pas dévalées sont à mon avis mortes et enterrées… pour ce qui est des larves et autres alevins…


Posted in non classé by with 55 comments.