Poutès…

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Aujourd'hui, je ne vous ferais pas le compte rendu d'une sortie pêche, mais un petit retour en images sur les travaux du barrage de Poutès.

En ce jour de juin,  période faste pour les rivières qui bouillonnent d'une vie riche et diversifiée, je ne peux que mesurer avec une crainte non dissimulée l'impact négatif des activités humaines sur cette ressource, à l'image de la Bienne qui meure doucement mais, à priori, inéluctablement...

Vous allez me dire, j'en suis sûr, qu'un bon barrage n'existe pas et qu'en matière de continuité écologique seul l'arasement constitue une solution durable et vous auriez raison de le faire. Mais il faut parfois trouver des solutions afin de concilier les différents usages et Poutès pourrait représenter une solution intéressante...

 

 

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Une solution alternative...

Toujours est-il que même si effectivement je préfèrerais voir les grands barrages démantelés, je sais aussi qu'il y a fort peu de chances que cela arrive. En tout cas, en ce qui concerne Poutès, c'est une autre solution qui a été choisi et qui sera, j'en suis persuadé, citée en exemple par la société qui le gère quand elle communiquera, entre autres, sur la couleur de l'énergie qu'elle produit, à savoir verte, comme les algues cités dans un de mes précédents comptes rendus. Espérons seulement qu'elle aura une couleur moins inquiétante que celle de l'eau qui s'échappe actuellement du barrage.

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Vous aurez compris, je l'espère, que je suis un peu taquin. Les travaux ont attaqué et la rivière, qui reprend possession de son lit, est à l'origine de l'arrachage des sédiments sur les "fonds" de l'ancienne retenue, de leur transport et donc vraisemblablement de leur dépôt à l'aval de l'ouvrage... espérons seulement que ce sera un mal pour un bien, n'étant pas en mesure d'estimer leurs impacts sur le bon fonctionnement de la rivière...

 

 

Aujourd'hui, après de nombreuses années de débats, de concertation, la retenue du complexe hydroélectrique de Poutès-Monistrol n'existe plus. La nature va reprendre petit à petit ses droits pendant que les hommes continuent à chercher et à mettre en place des solutions pour tenter de réduire les effets néfastes sur les milieux aquatiques induits par leurs activités. Espérons qu'ils réussiront avec le futur nouveau "Poutès", même si le chemin est encore long avant de retrouver les eaux claires et les fonds propres du Haut-Allier...

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Si vous désirez en savoir plus, vous pouvez commencer par suivre le site internet dédié.

Vous noterez au passage parmi les logos celui du projet de PNR des "sources et gorges du Haut-Allier" qui, grâce, ou à cause, de personnes à l'écoute du territoire est aujourd'hui en stand by, mais c'est un autre débat...

 

 

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Même les poissons s’éduquent…

La locomotive à vapeur, symbole s’il en faut un d’une nouvelle ère, vers les voyages dans l’espace et le gaspillage d’une ressource indispensable à la survie de l’espèce humaine, l’eau.

Débutée en Grande-Bretagne à partir du XVIIIème siècle, depuis la machine Boulton & Watt et le charbon jusqu’à la possibilité de lire cet article aux chiottes sur son smartphone, en passant par l’exploitation intensive de toutes les ressources que la planète met à notre disposition, la révolution industrielle se poursuit au détriment de notre environnement…

Pourtant, à grand coup de catastrophes industrielles ou humanitaires, 195 pays, dont les plus gros pollueurs au monde, se sont réunis et ont ratifiés les accords de Paris. Premier accord universel sur le climat, sensé contenir le réchauffement climatique et donc limiter les émissions de substances polluantes. Ce texte donne de l’espoir à ceux qui comme moi croient en l’espèce humaine…

Il aura fallu plusieurs siècles pour faire entendre raison aux plus cupides d’entre nous…

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Le Monde: La pollution industrielle fait autant de ravages sur la santé que le paludisme

C’est pourquoi lorsque je vois un égout se déverser dans la rivière en bas de chez moi j’ai encore de l’espoir. Je sais que ma région ne devrait plus trop voir se développer d’industries polluantes au profit d’une activité touristique liée à notre belle nature, sauvage et préservée. En tout cas en ce qui concerne les parties les plus éloignées des grands centres urbains… c’est pourquoi je pense que cette pollution n’est qu’une relique… c’est notre révolution à nous, la « révolution touristique »…

Mais qu’en est-il du tourisme en Auvergne ?

Quelques mots clés plus tard, nous arrivons sur le site du CRDTA qui, très complet, nous démontre bien que l’Auvergne s’implique dans cette révolution. Concernant les activités de pleine nature, dont certaines sont directement liées à l’eau, l’objectif pour le CRDTA est même de faire de l’Auvergne la « destination de référence pour la pratique d’activités de pleine nature, pour les familles comme pour les sportifs »… C’est bien, c’est beau, l’Auvergne le mérite… Le rouleau compresseur de la « révolution touristique » est en marche… Il est donc inconcevable que ma petite pollution perdure.

L’Auvergne ne voudrait quand même pas que nos amis touristes, sportifs ou en famille, ne partagent leurs mycoses sur Tripadvisor ? D’autant plus dans un pays qui vient d’adopter une loi pour la reconquête de la biodiversité. Biodiversité qui je le rappelle est directement liée à la ressource en eau.

Mais alors pourquoi j’ai l’impression que rien ne bouge ? Pourquoi ce petit rejet riomois m’inquiète ? Pourquoi cette rivière, perdue au fond des gorges et qui avait cette petite odeur de lessive laisse planer un doute dans mon esprit ? Pourquoi les titres des journaux qui, après une pollution suffisamment impressionnantes pour être mise en une, stipulent « les pêcheurs sont en colères », ou encore « la mort de toutes les espèces piscicoles provoquent le dégout des pêcheurs » me laissent perplexe ?

Surement parce qu’en écrivant ce genre de titre cela prouve que ceux qui réfléchissent à la conception de nos schéma de développement n’ont qu’une vague vision de ce que l’activité pêche représente, le plus souvent erronée de surcroit, mais surtout parce qu’avant de contenter les pêcheurs, l’eau nous la buvons, que l’on soit Donald Trump, chargé de mission au CRDTA, patron du MEDEF ou pêcheur.

 

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Aussi, quand je vois le développement de l’énergie verte chez moi, de la même couleur que l’algue soit dit en passant, ou quand je vois le représentant du pays le plus pollueur du monde se torcher le cul avec les accords de Paris, pour ne citer que deux exemples, je me dis qu’au final ma petite pollution sera encore là demain…

Les hommes n’ont pas appris grand-chose depuis la révolution industrielle et pourtant, même les poissons s’éduquent…


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Solidarité

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Je cherche un coin pour aller à la pêche demain… plus qu’une nuit avant mon voyage halieutique hebdomadaire. Mon sac n’est pas fait et je n’ai pas touché à mon matériel depuis la dernière fois mais bon, un peu de rafistolage au bord de l’eau n’a jamais tué personne. Je me concentre donc plus sur la recherche d’un accès, puisque je connais déjà le nom de la rivière, et allume mon ordinateur.

Je lance « Géoportail », afin de repérer l’endroit secret ou personne ne va jamais, en tout cas c’est ce que j’aime à imaginer, en général le plus encaissé possible et éloigné des chemins principaux, et vais faire un tour sur facebook le temps que le bazard se mette en branle.

Et il aura suffit d’une vidéo pour que j’en vienne à me demander si j’allais bien y aller, à la pêche… une vidéo de la Bienne, rivière que je n’ai jamais pêchée mais dont le nom m’évoque un petit paradis. Cours d’eau mythique qui draine une région réputée pour la qualité de son cheptel piscicole, pèlerinage indispensable pour qui veut gagner ses lettres de noblesses dans le petit monde de la pêche. Si tu veux mourir en paix avec toi-même, tu dois avoir pêché une rivière du Jura au moins une fois dans ta vie.

Mais ça c’était avant…

J’ai le souvenir d’un collègue qui me parlait de cette rivière… je le revois encore, la bave aux lèvres et l’œil pétillant… « Ce rocher, mon gars !!! Un HLM à poissons…, et cette eau… ».

A l’époque, j’écoutais d’une oreille discrète. Le Jura faisait effectivement parti des destinations de choix, en tout cas en France. Les rivières de ce département illustraient régulièrement les unes de la presse spécialisée, avec des poissons magnifiques, vivants ou morts soit dit en passant, les rédacteurs en chef n’ont pas toujours été très tatillons, et je savais que je n’allais pas y aller.

Une eau limpide, des poissons hors normes, des textes élogieux depuis des milliers d’années sur la pêche dans cette région et des pêcheurs venus du monde entier pour tenter de leurrer une truite trophée, à vue, sur les traces des plus grands noms de la discipline. Autrement dit, une autoroute à pêcheurs avec des poissons éduqués à souhait, ce qui, si vous vous souvenez bien, est aux antipodes de ce que je recherche en termes de destination de pêche.

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Pourtant, à la vue de ce petit film, tourné par quelqu’un qui devait avoir mal au bide en tenant sa caméra tellement les images sont ahurissantes, je ressens une petite frustration de ne pas y être allé il y a quelques années.

Aurais-je encore l’occasion d’aller user mes pointes sur le nez des gorets de la Bienne ?

Toutefois, ce n’est pas ce sentiment qui domine. A la limite, j’en suis à me demander si je vais aller à la pêche demain à côté de chez moi, alors ne pas avoir la possibilité d’y aller dans le Jura est comme qui dirait le cadet de mes soucis.

Mais ce qui se passe dans le Jura est la même chose que partout ailleurs… et donc que chez moi… en Auvergne.

Certes, voir des wagons de truites le ventre en l’air, ou agonisantes, le corps recouvert de « mousse », est beaucoup plus spectaculaire qu’un abreuvoir rempli d’algues sur le plateau d’Allanche ou qu’un pré dont la neige est souillée par la merde, mais c’est la même musique.

Et la liste est longue. C’est cette industrie agro-alimentaire, ici, dont le fromage insipide est fêté tous les ans par un village tout entier, puisqu’elle a fait disparaitre tous ceux issus de pratiques traditionnelles, qui évacue son trop plein d’eaux usées directement dans la rivière. C’est ce hameau, là, qui n’est toujours pas aux normes en matière d’assainissement. C’est l’Europe qui continue d’autoriser le glyphosate… la Norvège qui reconnait que son saumon donne le cancer, c’est les pesticides qui favorisent la maladie de Parkinson chez les agriculteurs etc.

En bref, c’est l’intégralité de nos pratiques qui est à remettre en question.

En fait, ce n’est pas tant de la frustration que je ressens, mais de la trouille… l’impression que tout s’accélère et que nous assistons, incrédules, au dépérissement de notre espèce… 7 milliards d’êtres humains semble être un nombre insuffisant pour éviter la consanguinité.    

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Ce que j'ai du mal à comprendre, c’est pourquoi nous avons l'impression que rien ne bouge? pourquoi rien ne semble évoluer dans le bon sens alors que les exemples d'atteintes graves à la qualité de l'eau se multiplient. Pourquoi, alors qu'une majorité des pratiques préjudiciables aux milieux aquatiques sont connues et que de plus, et puisqu'au final il faut bien que ça rapporte de l'argent, nous savons que le tourisme lié à l'activité pêche peut être une source de revenus non négligeable pour un territoire, rien ne se passe?

Pourquoi toutes ces régions, qui basent leurs politiques de communication sur leurs milieux préservés ne s’emploient pas à ce qu’ils le soient vraiment ? Peut être devrions nous porter plainte pour publicité mensongère…  « Venez patauger dans le Haut-Allier, mais pas après un orage, à moins d’apprécier le bouillon déversé par nos stations d’épuration ».

Peut-être finalement que dépenser 800000 euros sur le Tour de France afin de montrer une autre image de cette activité n’est pas une hérésie pour être enfin écouté.

La qualité de nos rivières reflète l’état de santé de notre territoire, c’est un problème qui nous concerne tous.

Une autre forme de communication, loin des images véhiculées par TF1 par exemple quand ils filment la pêche Blanche au Guéry. Pêche qui n’a de blanche que le nom car c’est le rouge qui domine, rouge dans les bouteilles et neige ensanglantée… Ce n’est peut être pas une connerie, affaire à suivre.

Pour faire bref, le Jura est surement en train de voir disparaitre quelques unes des plus belles rivières du monde et avec elles une réputation sinon mondiale, au moins européenne. Bientôt, quand en plus de la perte des touristes pêcheurs, ils devront répondre des problèmes liés à la consommation d’eau potable ou au simple contact, par baignade, avec cet élément, le préjudice sera énorme… mais il sera trop tard. Il ne leur restera que Center Parc pour vanter les mérites des loisirs aquatiques et d’un environnement préservé.

Je vais quand même aller à la pêche demain… car si chez moi la Région vante la qualité de son environnement, c’est parce que c’est vrai… l’eau est claire, les truites en pleine forme… mais ne nous y trompons pas, je vais seulement rendre visite à une amie qui agonise, pas encore trop marquée par la maladie qui la ronge… je vais apprécier la beauté  d’une rivière dans sa vallée, tant que c’est encore possible…

 

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La pêche contemplative

Tout d’abord il y a l’espoir… celui d’avoir les conditions idéales. Même si je reste persuadé que je ne les connais pas, même si je sais qu’il se passe sûrement quelque chose que je ne maitrise pas. Un détail, pervers, qui transforme sous mes yeux naïfs ma quête du graal en journée de pêcheur ordinaire.

Boaf me dis-je. Je serai toujours mieux là qu’au boulot ou que devant ma télé, si j’en avais une.

 

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A ce moment là, j’enfouis cette certitude de ne pas détenir la clef sous les quelques indices qui m’incitent à penser que cette fois est la bonne.

Je vérifie en chemin que tous les éléments, identifiés par mes cinq sens comme susceptibles d’éviter de faire basculer cet instant privilégié de la sortie de l’année à la fin d’après-midi banale, sont bien réunis. Ça passe par l’odeur, la température, par la maison qui avait les volets ouverts la dernière fois que c’est arrivé, par les insectes etc.

 - Il ne peut y avoir qu’un pêcheur pour être heureux de voir des mouches -  

Bref, une masse d’informations toutes aussi pointues les unes que les autres, toutes aussi discrètes pour l’œil du novice qu’évidentes pour le spécialiste, ou pour le superstitieux. J’attendrai bien l’autoévaluation finale pour définir dans quelle catégorie je me situe.

Tout ça pour dire que pour l’instant l’espoir est intact, rien n’a pour le moment contrecarré mes plans. Ce nuage peut-être… il n’était pas aussi sombre la dernière fois, enfin je crois.

Jusque ici rien de bien grave. Ces quelques désagréments climatiques n’ont pas de réelles conséquences. Hormis peut être pour mon confort personnel… mais je ne suis pas là pour ça. Ça me facilite même la tâche quant à la technique que je vais mettre en œuvre. S’il ne se passe rien en haut, ça va se passer en bas. Encore un détail subtil qui ne remet pas en question ma motivation.

Quelque chose pourtant a retenu mon attention. Même si j’éprouve quelques difficultés à discerner le fond, les zones les moins profondes me confirment ce que j’avais déjà observé la dernière fois sur un autre secteur plus en amont, la rivière est propre. Je sais bien que la merde qui l’asphyxie lentement est toujours là, mais aujourd’hui la rivière est dans un bon jour.

La crue est sa chimio… une bouffée d’oxygène qui ne la sauvera plus mais qui prolonge simplement son agonie. J’essaye de faire comme elle et tente d’oublier tout ça.

Je ne sais pas si je prendrai l’une des grosses truites que je suis venu chercher mais je sais au moins que je suis sur le point de passer un bon moment. C’est du moins ce que je suis en train de me dire, les doigts trop mouillés par l’averse pour pouvoir rouler ma clope. Ce putain de nuage…

J’en profite pour refaire mon bas-de-ligne et lui nouer une valeur sûre au bout.

Cantal juillet 2016 (4)

Couze Pavin juillet 2016 (2)

Les temps sont durs pour nos cours d’eau. Je tente de profiter au maximum de l’instant présent, conscient de la chance que j’ai d’être là un jour de semaine, pendant que la majorité de mes congénères est au boulot. J’essaye de ne pas penser aux exemples multiples de la bêtise humaine, aussi nombreux que des asticots sur un cadavre de loutre. Je suis inquiet de voir l’impact sur nos milieux naturels que peut avoir une population capable d’assassiner pour une idée, le pouvoir, du fric ou un ballon.

Aujourd’hui je suis bien, je suis au bord de l’eau, et s’il y a un conseil que je peux donner en étant sûr de ne pas dire de connerie, c’est seulement en étant au bord de l’eau que l’on peut attraper un poisson.

Les galets, lavés des algues qui les dissimulaient encore quelques jours auparavant, m’assurent une progression facile.  Je m’évertue à faire passer ma nymphe au plus proche des postes supposés et je dois bien dire que si mes mains sont mouillées à ce moment là, c’est surtout grâce à la pluie. J’ai bien fait de prendre ma veste sinon ça commencerait peut être à me gonfler. Parfois même des galets propres ne suffisent pas à notre bonheur.

Et puis, devant un caillou un peu plus gros que les autres, dans une veine d’eau de quatre-vingts centimètres de large taillée dans la roche, plus puissante et plus profonde que le reste de la rivière qui fait cinq ou six mètres à cet endroit là, mon fil se tend. Toutes mes pensées s’évanouissent. Pourtant rien de plus que cette légère tension dans la canne… un contact furtif comme il peut y en avoir souvent à la pêche, une sensation d’habitude vite oubliée.

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Mais je l’ai vue… la truite s’est retournée et a exposé son flanc suffisamment proche de la surface pour que je puisse avoir le temps de me dire que je n’étais pas loin d’atteindre mon but. Pouvoir poser mon regard sur ce que la nature peut produire de plus beau, ce que certain appelle une truite trophée, une « poutrasse » si ce fût un brochet.

Mais je ne suis pas frustré. Mon fameux nuage  semble avoir décidé d’aller arroser un autre pêcheur. L’air se réchauffe autour de moi, les insectes comme mes mains sont en train de sécher. Les premiers volent déjà au dessus du courant, je vais enfin me rouler une cigarette…

Je ne vais pas pouvoir rester jusqu’à la nuit. Il ne me reste pas beaucoup de temps. Je sais que juste au dessus il y a un grand plat, lieu privilégié pour l’observation. Je me choisis un bout de caillou recouvert de mousse, suffisamment haut pour avoir une vue dégagée, y pose ma canne et mon séant et craque une allumette.

Les petites sortent les premières, trahissant leur présence par des gobages explosifs, essayant d’attraper les éphémères engourdies, parfois en plein vol, y arrivent de temps en temps. L’air se charge en odeurs de sous bois portées par l’évaporation, le chant des oiseaux accompagnent mes pensées. Ces mêmes pensées qui dérivent, invariablement, sur l’actualité du moment… tous ces morts, pour des conneries et, pas moins grave à mes yeux car plus insidieux, tous ces vivants en sursis, qui s’ils ne meurent pas d’une balle dans la tête tirée par un quelconque extrémiste quel qu’il soit, finiront quand même par s’entretuer pour les dernières gouttes d’eau potable. Car si l’agonie est plus longue, elle semble irrémédiable.

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Aujourd’hui je suis à la pêche, sur les bords d’une rivière qui souffre, vérolée par ses barrages, pourrie par les pratiques humaines, et qui m’offre pourtant une vision de ce qu’elle pourrait être, de ce qu’elle devrait être, si toutes les pratiques empreintes de bon sens n’étaient pas balayées d’un revers de main les unes après les autres par nos décideurs, faisant parfois/souvent fi de l’expression populaire.

Le barrage de Poutès par exemple, belle démonstration de la volonté gouvernementale de tenter de faire de l’hydroélectricité une énergie propre comme ils se plaisent à le dire, ou les carnages récurrents sur les rivières de nos voisins de l’est qui démontrent bien toute la volonté des hommes de tout faire pour que cela change.

Aujourd’hui, je pratique la pêche contemplative, non parce que je ne suis plus à la recherche des poissons trophées, mais parce que conscient que ça ne durera pas éternellement…

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