Waterworld

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Vigies, sentinelles, lanceurs d’alertes ? Défenseurs d’une activité traditionnelle (sic) ? Quel est le rôle des pêcheurs devant la catastrophe qui s’annonce ? Que défendons-nous ? Autant de questions qui apportent autant de réponses qu’il n’y a de pêcheurs.

C’est un post sur les réseaux sociaux qui me pousse à donner ma vision du problème, à expliquer mon point de vue et les motivations qui sont les miennes, puisque administrateur (sans prétention) d’une page dédiée à la pêche en Auvergne, et plus ou moins directement, aux usages qui sont fait de la ressource en eau dans notre pays ou au-delà. Ce post a été supprimé depuis mais il m’aura au moins donné la motivation pour écrire ces quelques lignes.

Pour la petite histoire, cette page fût créée à une époque ou j’étais moniteur et elle me servait à raconter de façon plus ou moins romancées les quelques sorties que je pouvais organiser. Aussi, lorsque j’ai mis un terme à cette activité, je n’ai pas eu le cœur de la supprimer et ai continué d’alimenter mon blog de quelques anecdotes et autres billets d’humeur.

La page « facebook », dédiée à ce dernier, est plus ou moins devenue, avec le temps, l’endroit ou je pouvais partager toutes les infos liées à la pêche et à la qualité de l’eau en Auvergne que je jugeais opportunes. Bien entendu, le choix des partages qui y sont fait est complètement objectif et n’engage que moi. Il répond à la vision que je me fais d’un monde ou la pêche de loisir semble bien devenir inéluctablement quelque chose d’anecdotique. Vous pouvez d’ailleurs cliquer sur la petite croix en haut à droite de votre fenêtre si le cœur vous en dit.

Aujourd’hui, l’heure est grave comme dirait l’autre. Sont-ce les réseaux sociaux qui portent à notre connaissance toutes les atteintes que subissent les milieux aquatiques, les mortalités de poissons ici, les pollutions toutes plus importantes les unes que les autres là ou encore les assecs de plus en plus fréquents et tôt dans la saison qui font que nous estimons assister à une augmentation de ces phénomènes ? Ou bien est-ce une réalité ? Assistons nous à la mort des rivières, à l’assèchement des nappes phréatiques et à la disparition des espèces, au bord des terrains de foot qui eux restent bien verts ?

Je pense que c’est un peu les deux, ou beaucoup les deux, mais peu importe. Est-il plus important de savoir si ces phénomènes sont en expansion ou s’il en va d’une extinction de masse à laquelle notre activité favorite ne survivra pas ? Je vous laisse seul juge mais vais quand même donner mon avis, puisque c’est le but de ce billet.

Avec la belle saison, deux sujets reviennent irrémédiablement sur toutes les lèvres depuis quelques années, pourquoi dépenser autant d’argent pour se montrer sur le tour de France d’une part et, d’autre part, pourrons-nos continuer de pêcher jusqu’à la fermeture de la truite. Ces deux interrogations sont révélatrices, à mes yeux, d’une façon un peu réductrice de voir les choses.

Pour caricaturer un peu, puisque loin de moi l’idée de réduire les actions des plus hautes-instances de la pêche en France à leur seule présence sur la « grande boucle », nous aurions d’un côté une fédération dont le seul et

unique but est de grossir les rangs de ses troupes et de l’autre, les pêcheurs, qui veulent à tout prix des poissons dans les rivières pour pouvoir continuer de rentabiliser leurs cartes de pêche. Entre les deux, quelques intégristes qui stoppent la pêche en première catégorie sans attendre une fermeture officielle anticipée quand les conditions l’imposent. Pour résumer, une immense majorité de personnes en faveur du maintien d’une activité coûte que coûte, sans se poser la moindre question sur la qualité des milieux censés accueillir les poissons, chair à canon d’une activité agonisante.

Et de là découle de nombreux débats, stériles, auxquels nous assistons depuis des années. Pour ou contre le « no-kill », « no-kill toutes techniques ou pas », gestion patrimoniale ou lâcher de poissons, maille ceci, maille cela etc, etc… puisque dans l’idée, il faut réfléchir à comment conserver cette activité en dépit du bon sens.

De ces discussions, d’où tout le monde ressort frustré puisque aucune des solutions envisagées ne permettent jamais d’enrayer le déclin inéluctable des populations piscicoles, ne naissent que désaccords et divisions et, au final, il n’y a pas plus de monde au bord de l’eau, pour pêcher ou travailler à divers chantiers, sous l’égide des AAPPMA, bras armé des fédérations départementales, ni pour siéger dans les différentes instances. Les plus motivés s’usent et, une fois remplacés, retour à la case départ et à la sempiternelle question, « où pourrions-nous lâcher les poissons ? ».

Ces quelques lignes, volontairement un peu réductrices, ne suffisent pas à traduire tout ce que je pense de la gestion de la pêche en France car tout n’est pas à jeter, loin de là, et les quelques personnes avec qui j’échange sur le sujet le savent bien, mais l’idée que j’essaye de faire ressortir derrière tout cela, celle que j’essaye de véhiculer à travers mon blog et ma page est que nous nous trompons de combat. Les faits récents, sécheresses, pollutions, avec leurs lots de mortalité sont là pour corroborer mes propos, la pêche de loisir est en train de mourir et il est trop tard pour tenter d’enrayer ce phénomène.

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Oui, les pêcheurs sont des vigies, des sentinelles ou des lanceurs d’alertes, mais il ne sert plus à rien de crier au et fort que les usages que nous faisons de l’eau sont à l’origine de nos problèmes, que les utilisations agricoles, industriels et domestiques de cette ressource sont la source de tous nos maux tant que nous restons entre nous. Oui nous assistons à l’assèchement de nos rivières, de nos étangs et autres nappes phréatiques et avec tout ça, bien plus grave qu’une activité qui disparait, c’est tout un écosystème qui s’écroule et qui nous emporte avec lui.

Aujourd’hui, les pêcheurs doivent être plus unis que jamais et, si nous devons soutenir nos représentants, c’est pour tenter de faire évoluer les mentalités sur des modes de vie et de consommation incompatibles avec la survie des espèces. Que ferons-nous de pêcheurs supplémentaires qui, quand ils auront payé leur carte au prix fort, devront se la mettre sur l’oreille car il n’y aura plus d’eau dans leur rivière.

Vous l’aurez compris, ce que j’essaye de dire à travers mes « partages » est que l’heure n’est plus à la division ni aux questions existentielles qui consiste à savoir si un « no-kill » doit être réservé à la mouche ou pas mais bel et bien à porter la bonne parole. A travers les différents « votes » qui s’offrent à nous, en échangeant avec nos voisins sur l’intérêt de remplir une piscine sur une planète ou l’eau sera bientôt source de conflits ou sur la couleur de l’énergie fournie par un barrage par exemple, nous apporterons notre pierre à l’édifice. Aussi, en multipliant tout ce que nous pouvez faire au quotidien pour préserver cette ressource, mais surtout en demandant à nos élus, quels qu’ils soient, de faire en sorte que les principaux pollueurs et utilisateurs d’eau évoluent également vers des pratiques respectueuses de l’environnement, nous y arriverons peut-être.

L’heure n’est plus à défendre une activité, l’heure est à la préservation et à la sauvegarde d’une ressource indispensable à la vie. Tentons de nous unir dans ce combat, faisons entendre notre voix non plus, égoïstement, pour notre seul intérêt mais pour « ouvrir » les yeux de tous les autres sans qui ce combat est perdu d’avance.

Pour cela, je continuerai à alimenter ma page pour dénoncer différentes pratiques néfastes à la qualité de l’environnement en général et de l’eau en particulier, dans le seul et unique but de faire prendre conscience de l’urgence de la situation et du mépris qu’on certains de l’avenir de notre espèce en imposant des pratiques depuis longtemps reconnues comme les principales sources de cette mort lente et douloureuse.

Pour cela je continuerai de donner mon avis, pour cela je veux bien m’investir dans le tissu associatif, dès lors que les actions mises en place seront en corrélation avec le combat qu’il nous faut mener, en tant que vigie, que sentinelle ou simple citoyen du monde.

JB

 


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Comments

  • Guy Correns dit :

    Je suis d’accord à 200% et mes commentaires vont très souvent dans le même sens. Malheureusement je suis plutôt pessimiste pour l’avenir car je pense que l’engrenage va bientôt nous broyer, nous ,pauvres pêcheurs. Je n’ai pas la solution hélas, mais peut-être quelques idées. Un millions et demi de pêcheurs ne devraient pas passer inaperçu. Il faudrait faire parler de nous, pas seulement en tant que pêcheurs, mais en tant que lanceur d’alerte sur le problème de la quantité et de la qualité de l’eau en tant qu’élément essentiel pour la survie de notre planète. Je sais, c’est plus simple!e à dire qu’à faire et je ne maîtrise pas le projet, mais j’y participerais avec mes moyens.

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